Theatre: « Peut-être », une pièce de Jean-Paul Delore
Rêveries parlées, chantées et interprétées par huit comédiennes et musiciens des deux Congo, de France, du Japon et du Mozambique.
Depuis 2002, prétextes et révélatrices, certaines grandes villes d’Afrique centrale et australe inspirent les dernières réalisations de Jean-Paul Delore dans le cadre du programme Carnets Sud/Nord, laboratoire itinérant de création théâtrale et musicale en Afrique subsaharienne et Europe qui associe des artistes des deux continents.
Après Affaires Etrangères (dans un aéroport, des noirs observent des blancs qui observent des noirs qui regardent des blancs qui… qui…qui…) et Un Grand Silence Prochain (dans un atelier d'artiste, un plasticien noir et son modèle blanc colorié), cette Afrique reprend sa force souterraine dans PEUT ETRE au service d'un univers imaginaire (cette fois sans blancs ni noirs) exclusivement peuplé de femmes.
Pourtant PEUT ETRE ne parlera ni de l’Afrique ni des femmes. Pas directement, en tout cas. Rêveries parlées, chantées, portraits de six femmes venues des deux Congo, de France, du Japon et du Mozambique. Chacune son histoire, là n’est pas le problème. Orphelines, enfants gâtées, fantômes, elles laissent filer incertitudes et sous-entendus. Dans PEUT ETRE, devenues personnages, ces héroïnes revenues de l’enfance, interrogent leur ombre et leur destin. Elles mettent en boucles électroniques acoustiques ou vocales l’effroi et les langueurs du quotidien, leur quête d’absolu.
Sur le plateau, comme un gynécée, comme une arène, une foule de femmes. Leurs corps, leurs âmes, leurs totems, leurs démons. Ça fait du monde !
Miroir en contre jour d’une scène de bain au Harem qu’aurait pu peindre Eugène Delacroix, on y hume les effluves d’une douceur totale, irréversible. Un petit matin sur l’Ile endormie, les chants suspendus aux espoirs, l’intimité, la pudeur, la tendresse.
Puis, encore, comme si l’on s’immisçait dans la chambre de Sardanapale, derrière, à côté, au-dessus, avant ou après. La Brutalité. La Sauvagerie parfois. Celle des désirs mais aussi celle des angoisses qui rongent, qui hantent, qui soulignent l’humanité et la percute de plein fouet. L’obsession morbide, la peur au ventre, la honte, le poids intolérable des infimes tracas.
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